Serge Lutens, le parfumeur d’exception, le capteur d’émotions, l’enchanteur de nos sens.
Chaque année il chavire nos coeurs en nous offrant ces délicieuses fragrances qui ont toutes comme point commun celle d’évoquer une histoire.
Réelle ou imaginaire, peut nous importe.
Nous sommes ici pour découvrir des accords vibrants.
Son nouvel opus olfactif, Jeux de Peau, est l’interprétation de l’odeur de la fournée de pain juste cuite.
Une odeur enveloppant à la fois sèche et douce comme une peau.
Elle alors s’imposa à moi comme une saveur… comme un goût, une avancée vers le monde culinaire.
Mais qu’en est-il vraiment ?
Je ne vous en dis pas plus, lisez et ressentez…
À propos de vos parfums, souvent, vous évoquez la mémoire. Cette fois, qu’en est-il ?
Si c’est une mémoire – Une mémoire c’est si –
Une part de ma vie – Une vie de ma part –
De l’enfancelancée – Lancée de l’enfance –
Au présent, rebondi un ballon – Présent, un ballon rebondi –
À pleines mains saisie – Saisie à mains pleines –
Quand chaque fois vide – Vide quand chaque fois –
Vite nous manque – Manque nous vite –
Si elle s’éloigne c’est pour mieux vous retrouver mon enfant – Si c’est mon enfant, pour vous retrouver, elle s’éloigne, c’est mieux.
Puisque nous connaissons l’adulte, évoquez nous l’enfant.
Sorti de l’école, une seule mission m’était confiée : elle descendait une rue en pente légère.
Sur la droite, dépassant d’un muret, un talus recouvert d’herbes, en touffes noires sous la suie, ou vertes sous la pluie.
Au sommet, parfois, levant les yeux sur fond de vide, passait un convoi de marchandises.
En face, sur l’autre trottoir – celui qui vous conduit – s’alignait une rangée de maisons, qui à force d’être vues, finissaient par n’être plus.
Pourtant pas sorcier, l’enfant pose un ciel bleu sur le gris, ou sur un deuil, retient son rire.
Au bout de cette nonchalance, en tournant sur la gauche, juste après ma virgule, au fond d’une impasse, un point.
Point doré nommé, ma boulangerie. Pas plus, pas moins que mon quartier, ma maison, mon peigne, en somme, un territoire du « moi ».
Vous avez oublié la mission…
En effet, elle était distraite : « N’oublies pas de prendre le pain ! »
Si plus haut, j’ai écrit point doré, c’est que sous l’éclairage, telle je la percevais, affinée d’autant plus par l’ambre des bâtards, ficelles et baguettes alignés.
C’est là, rêveusement, un peu papillonnant, que je m’éveillais « le pain ouvre les yeux ». Il le fait bien pour l’appétit !
Mais de tout cela, rien ne serait, si par le soupirail ne soufflait encore tiède, l’odeur de la fournée.
La boulangère : s’il ne paraissait rien d’abord qu’un visage badin, en apparence bonasse, sous le fard de la joie, on soupçonnait pourtant une rancœur masquée.
De quoi pâtissait-elle, pour qu’aux heures de pointe ainsi, tout à coup, plus aigu qu’un accent, et plus que lui rapide, un rictus pointait, à peine perceptible et par cela, plus évident.
Sur un fond de méfiance, tel un cachet marqué sur le bas d’un décret, ses lèvres condamnaient tout un chacun.
Suspicieuse, blasée, résignée, méprisante, pincée ; Sur cette gamme infinie, dépliant des sourires, elle rendait sa monnaie.
Maintenant, bien que morte, je suis sûr qu’au squelette fixé, son très blanc dentier continue de sourire.
En d’autres mots, le pain?
Il l’a dit : « Mangez, ceci est mon corps… »
Pris au mot, Balthus plantant un couteau dans une miche, la fait saigner.
Faire corps avec ce pare-faim qu’on trempe en tout !
Une conclusion ?
A l’encre sympathique, inscrire l’invisible, sur un air de parfum. JEUX DE PEAU par Serge Lutens.
JEUX DE PEAU par Serge Lutens. 50ml – 79 euros.
Crédit photo @ Ling Fei
[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par 100driiine, sophiekune. sophiekune a dit: Serge Lutens nous entraîne dans ses jeux de peau @ http://jesuisunique.fr/blog/2011/01/jeux-de-peau-par-serge-lutens/ [...]